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La
"Passion
Corporelle du CHRIST" selon le Dr Pierre Barbet
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S'il est une légende
ancrée dans
les esprits,
c'est celle de la dureté de cœur des chirurgiens :
l'entraînement,
n'est-ce pas, émousse les sensations et cette accoutumance,
étayée par
la nécessité d'un mal pour un bien, nous constitue dans
un état de
sereine insensibilité. Ceci est faux. Si nous nous raidissons
contre
l'émotion, qui ne doit ni paraître, ni, même
extérieure, entraver
l'acte chirurgical, comme le boxeur, d'instinct, contracte
l'épigastre
où il attend un coup de poing, la pitié en nous reste
toujours vivante
et s'affine même avec l'âge. Quand on s'est penché
pendant des années
sur la souffrance d'autrui, quand on y a goûté
soi-même on est certes
plus près de la compassion que de l'indifférence, parce
que l'on
connaît mieux la douleur, parce qu'on en sait mieux les causes et
les
effets. Aussi, lorsqu'un chirurgien a médité sur les
souffrances de la
Passion, quand il en a décomposé les temps et les
circonstances
physiologiques, quand il s'est appliqué à reconstituer
méthodiquement
toutes les étapes de ce martyre d'une nuit et d'un jour, il
peut, mieux
que le prédicateur le plus éloquent, mieux que le plus
saint des
ascètes (à part ceux qui en ont eu la directe vision, et
ils en sont
anéantis), compatir aux souffrances du Christ. Je vous
assure
que c'est abominable ; j'en suis venu pour ma part à ne plus
oser y
penser. C'est lâcheté sans aucun doute, mais j'estime
qu'il faut avoir
une vertu héroïque ou ne pas comprendre, qu'on doit
être un saint ou un
inconscient, pour faire un Chemin de Croix. Moi, je ne peux
plus. Et c'est pourtant ce Chemin de Croix qu'on me demande
d'écrire; c'est ce que je ne veux pas refuser, parce que je suis
sûr qu'il doit faire du bien. O bone et dulcissime Jesu,
venez à mon aide. Vous qui les avez supportées, faites
que je sache
bien expliquer vos souffrances. Peut-être, en m'efforçant
de rester
objectif, en opposant à l'émotion mon «
insensibilité » chirurgicale,
peut-être pourrai-je arriver au bout. Lector amice, sub
aliena
potestate constitutus sum; si non possis portare modo, habe me
excusatum. Si je sanglote avant la fin, hé bien, mon pauvre
ami,
fais comme moi sans honte ; c'est simplement que tu auras compris.
Suis-moi donc: nous avons pour guides les Livres sacrés et le
Saint
Linceul, dont l'étude scientifique m'a démontré
l'authenticité (1). La
Passion, au vrai, commence à la
Nativité, puisque Jésus dans Son omniscience divine, a
toujours su, vu
et voulu les souffrances qui attendaient Son humanité. Le
premier sang
versé pour nous le fut à la Circoncision, huit jours
après Noël. On
peut déjà imaginer ce que doit être pour un homme
la prévision exacte
de son martyre. En fait, c'est à Gethsémani que va
commencer
l'holocauste Jésus, ayant fait manger aux Siens Sa chair et
boire Son
sang, les entraîne à la nuit dans ce clos d'oliviers, dont
ils ont
l'habitude. Il les laisse camper près de l'entrée,
emmène un peu plus
loin Ses trois intimes et s'en écarte à un jet de pierre,
pour se
préparer en priant. Il sait que son heure est venue.
Lui-même a envoyé
le traître de Karioth : quod facis, fac citius. Il a
hâte d'en
finir et Il le veut. Mais comme Il a revêtu, en s'incarnant,
cette
forme d'esclave qu'est notre humanité, celle-ci se
révolte et c'est
toute la tragédie d'une lutte entre Sa Volonté et la
nature. «
Coepit pavere et taedere ». Cette coupe qu'il lui faut
boire,
elle contient deux amertumes : Tout d'abord les péchés
des hommes,
qu'Il doit assumer, Lui le Juste, pour racheter Ses frères et
c'est
sans doute le plus dur ; une épreuve que nous ne pouvons pas
imaginer,
parce que les plus saints d'entre nous sont ceux qui le plus vivement
sentent leur indignité et leur infamie. Peut-être
comprenons nous mieux
la prévision, la pré-dégustation des tortures
physiques, qu'Il subit
déjà en pensée ; pourtant nous n'avons
expérimenté que le frisson
rétrospectif des souffrances passées. C'est quelque chose
d'indicible. «
Pater, si vis, transfer calicem istum a me ; verumtamen non mea
voluntas sed tua fiat ». C'est bien Son Humanité qui
parle... et
qui Se soumet, car Sa Divinité sait ce qu'Elle veut de toute
éternité ;
l'Homme est dans une impasse. Ses trois fidèles sont endormis, «
prae tristitia », dit saint Luc. Pauvres hommes ! La lutte
est
épouvantable; un ange vient Le réconforter, mais en
même temps,
semble-t-il, recevoir son acceptation. « Et factus in agonia,
prolixius orabat. Et factus est sudor ejus sicut guttae sanguinis
decurrentis in terram ». C'est la sueur de sang, que certains
exégètes rationalistes, subodorant quelque miracle, ont
traitée de
symbolique. Il est curieux de constater que de bêtises ces
matérialistes modernes peuvent dire en matière
scientifique. Remarquons
que le seul évangéliste qui rapporte le fait est un
médecin. Et notre
vénéré confrère Luc, medicus carissimus,
le fait avec la
précision, la concision d'un bon clinicien. L'hémathidrose
est
un phénomène très rare mais bien décrit.
Elle se produit, comme l'écrit
le Docteur Bec, "dans des conditions tout à fait
spéciales : une grande
débilité physique, accompagnée d'un
ébranlement moral, suite d'une
émotion profonde, d'une grande peur" (2)
(et
cœpitpavere et taedere). La frayeur, l'épouvante sont
ici au
maximum et l'ébranlement moral. C'est ce que Luc exprime par «
agonia », qui en grec, signifie lutte et
anxiété. « Et Sa sueur
devint comme des gouttes de sang roulant jusque par terre. » A
quoi bon
expliquer le phénomène ? Une vasodilatation intense des
capillaires
sous-cutanés, qui se rompent au contact des culs de sacs de
millions de
glandes sudoripares. Le sang se mêle à la sueur ; et c'est
ce mélange
qui perle et se rassemble et coule sur tout le corps, en
quantité
suffisante pour tomber sur le sol. Notez que cette hémorragie
microscopique se produit dans toute la peau, qui est déjà
ainsi lésée
dans son ensemble, en quelque sorte endolorie, attendrie, pour tous les
coups futurs. Mais passons. Voici Judas et les valets du temple,
armés
de glaives et de bâtons ; ils ont des lanternes et des cordes.
Comme le
procès criminel doit être jugé par le procurateur,
ils ont obtenu un
peloton de la cohorte romaine ; le tribun de l'Antonia les accompagne,
afin d'assurer l'ordre. Le tour des Romains n'est pas encore venu ; ils
sont là derrière ces fanatiques, distants et
méprisants. Jésus se met
en avant; un mot de Lui suffit à renverser Ses agresseurs,
dernière
manifestation de Son pouvoir, avant qu'Il s'abandonne à la
Volonté
divine. Le brave Pierre en a profité pour amputer
l’oreille de Malchus
et, miracle dernier, Jésus l'a ressoudée. Mais la bande
hurlante s'est
ressaisie, a garrotté le Christ ; elle L'emmène, sans
aménité, on peut
le croire, laissant filer les comparses. C'est l'abandon, tout au moins
apparent. Jésus sait bien que Pierre et Jean Le suivent «
a longe »
et que Marc n'échappera à l'arrestation qu'en s'enfuyant
tout nu,
laissant aux gardes le drap qui l'enveloppait. Mais les
voici devant Caïphe et le sanhédrin. Nous sommes en pleine
nuit, il ne
peut s'agir que d'une instruction préalable. Jésus refuse
de répondre :
Sa doctrine, Il l'a prêchée ouvertement. Caïphe est
désorienté, furieux
et l'un de ses gardes, traduisant ce dépit, lance un grand coup
dans la
figure du prévenu : « sic respondes pontifici ! »
Ceci n'est
rien ; Il faut attendre le matin, pour une audition de témoins.
Jésus
est entraîné hors de la salle ; dans la cour, Il voit
Pierre qui L'a
renié par trois fois et, d'un regard, Il lui pardonne. On Le
traîne
dans quelque salle basse et la canaille des valets va s'en donner
à
cœur joie contre ce faux prophète (dûment
garrotté) qui tout à l'heure
encore les a jetés à terre par on ne sait quelle
sorcellerie. On
l'accable de gifles et de coups de poing, on Lui crache au visage, et,
puisqu'aussi bien il n'y a pas moyen de dormir on va s'amuser un peu.
Un voile sur Sa tête, et chacun y va de son coup; les soufflets
retentissent et ces brutes ont la main lourde : «
Prophétise;
dis-nous, Christ, qui t'a frappé ». Son corps est
déjà tout
endolori, Sa tête sonne comme une cloche, des vertiges Le
prennent...
et Il se tait. D'un mot, Il pourrait les anéantir « et
non aperuit
os suum ». Cette racaille finit par se lasser et Jésus
attend. Au petit jour, deuxième audience,
défilé lamentable de
faux témoins qui ne prouvent rien. Il faut qu'Il se condamne
Lui-même,
en affirmant Sa filiation divine et ce bas histrion de Caïphe
proclame
le blasphème en déchirant ses vêtements. Oh,
rassurez-vous ; ces bons
Juifs prudents et peu portés à la dépense ont une
fente toute préparée
et légèrement recousue, qui peut servir un grand nombre
de fois. Il n'y
a plus qu'à obtenir de Rome la condamnation à mort
qu'elle s'est
réservée dans ce pays de protectorat. Jésus,
déjà harassé de
fatigue et tout moulu de coups, va être traîné
à l'autre bout de
Jérusalem, dans la ville haute, à la tour Antonia, sorte
de citadelle,
d'où la majesté romaine assure l'ordre dans la
cité trop effervescente
à son gré. La gloire de Rome est
représentée par un malheureux
fonctionnaire, petit romain de la classe des chevaliers, parvenu trop
heureux d'exercer ce commandement difficile sur un peuple fanatique,
hostile et hypocrite, très soucieux de garder sa place,
coincé entre
les ordres impératifs de la métropole et les
menées sournoises de ces
Juifs souvent très bien en cour auprès des Empereurs. En
résumé, c'est
un pauvre homme. Il n'a qu'une religion, s'il en a une, celle de Divus
Caesar. C'est le produit médiocre de la civilisation
barbare, de la
culture matérialiste. Mais comment trop lui en vouloir ? Il est
ce
qu'on l'a fait ; la vie d'un homme a pour lui peu de prix, surtout si
ce n'est pas un citoyen romain. La pitié ne lui a pas
été enseignée et
il ne connaît qu'un devoir : maintenir l'ordre. (Ils se figurent
à Rome
que c'est commode !) Tous ces Juifs querelleurs, menteurs et
superstitieux avec tous leurs tabous et leur manie de se laver pour
rien, leur servilité et leur insolence et ces lâches
dénonciations au
Ministère contre un Administrateur colonial qui agit de son
mieux, tout
cela le dégoûte. Il les méprise... et il les
craint. Jésus, tout
au contraire (dans quel état pourtant paraît-Il devant
lui, couvert
d'ecchymoses et de crachats), Jésus lui en impose et lui est
sympathique. Il va faire tout ce qu'il peut pour Le tirer des griffes
de ces énergumènes « et quaerebat dimittere
illum » : Jésus est
Galiléen ; passons-Le à cette vieille canaille
d'Hérode, qui joue les
roitelets nègres et se prend pour quelqu'un. Mais
Jésus méprise
ce renard et ne lui répond mot. - Le voici revenu, avec la
tourbe qui
hurle et ces insupportables pharisiens qui piaillent sur un ton suraigu
en agitant leurs barbiches. Odieux ces palabres! Qu'ils restent dehors,
puisqu'aussi bien ils se croiraient souillés, rien qu'à
entrer dans un
prétoire romain. Pontius interroge ce pauvre homme, qui
l'intéresse. Et
Jésus ne le méprise pas. Il a pitié de son
ignorance invincible ; Il
lui répond avec douceur et tente même de l'instruire. -
Ah, s'il n'y
avait que cette canaille qui hurle dehors, une bonne sortie de la
cohorte ferait vite « cum gladio » taire les plus
braillards et
s'égailler les autres. Il n'y a pas si longtemps que j'ai fait
massacrer dans le temple quelques Galiléens un peu trop
excités. Oui,
mais ces sanhédrites sournois commencent à insinuer que
je ne suis pas
l'ami de César, et avec ça il n'y a pas à
plaisanter ? Et puis, mehercle;
que signifient toutes ces histoires de Roi des Juifs, de Fils de Dieu
et de Messie ? Si Pilate avait lu les Ecritures, peut-être
serait-il un
autre Nicodème, car Nicodème aussi est un lâche ;
mais c'est la lâcheté
qui va rompre les digues. Cet homme est bien un Juste : je le fais
flageller (oh, logique romaine!) peut-être que ces brutes auront
quelque pitié. Mais moi aussi je suis un lâche ; car
si je
m'attarde à plaider pour ce Quirite lamentable, ce n'est que
pour
retarder ma douleur. « Tunc ergo apprehendit Pilatus Jesum et
flagellavit ». Les soldats de garde emmènent
Jésus dans
l'atrium du prétoire et appellent à la rescousse toute la
cohorte ; les
distractions sont rares dans ce pays d'occupation. Pourtant le Seigneur
a souvent manifesté une spéciale sympathie pour les
militaires. Comme
Il a admiré la confiance et l'humilité de ce centurion et
son
affectueuse sollicitude pour son serviteur qu'Il a guéri ! (Rien
ne
m'ôtera la conviction que c'était l'ordonnance de ce
lieutenant
d'infanterie coloniale.) Et tout à l’heure, ce sera le
centurion de
garde au Calvaire qui, le premier, proclamera Sa divinité. La
cohorte
semble prise d'un délire collectif, que Pilate n'a pas
prévu. Satan est
là, qui leur souffle la haine. Mais il suffit. Plus de
discours,
rien que des coups et tâchons d'aller jusqu'au bout. Ils Le
déshabillent et L'attachent tout nu à une colonne de
l'atrium. Les bras
sont tirés en l'air et les poignets liés en haut du
fût. La
flagellation se fait avec des lanières multiples, sur
lesquelles
sont fixées, à quelque distance de
l'extrémité libre, deux balles de
plomb ou des osselets. (C'est du moins à ce genre de flagrum que
répondent les stigmates du Saint Linceul). Le nombre de coups
est fixe
à 39 par la loi hébraïque. Mais les bourreaux sont
des légionnaires
déchaînés ; ils iront jusqu'aux limites de la
syncope. En fait, les
traces du Linceul sont innombrables et presque toutes sur la face
postérieure ; le devant du corps est contre la colonne. On les
voit sur
les épaules, sur le dos, les reins. Les coups de fouet
descendent sur
les cuisses, sur les mollets ; et là, l'extrémité
des lanières, au delà
des balles de plomb encercle le membre et vient marquer son sillon
jusque sur la face antérieure.Les bourreaux sont deux, un de
chaque
côté, de taille inégale (tout ceci se déduit
de l'orientation des
traces du Linceul). Ils frappent à coups redoublés, avec
un grand ahan.
Aux premiers coups, les lanières laissent de longues traces
livides, de
longs bleus d'ecchymose sous-cutanée. Rappelez-vous que la
peau a
été déjà modifiée, endolorie par les
millions de petites hémorragies
intradermiques de la sueur de sang. Les balles de plomb marquent
davantage. Puis, la peau, infiltrée de sang, attendrie, se fend
sous de
nouveaux coups. Le sang jaillit ; des lambeaux se détachent et
pendent.
Toute la face postérieure n'est plus qu'une surface rouge, sur
laquelle
se détachent de grands sillons marbrés ; et,
çà et là, partout, les
plaies plus profondes dues aux balles de plomb. Ce sont ces plaies en
forme d'haltère (les deux balles et la lanière entre les
deux) qui
s'imprimeront sur le Linceul. A chaque coup, le corps tressaille
d'un soubresaut douloureux. Mais Il n'a pas ouvert la bouche et ce
mutisme redouble la rage satanique de Ses bourreaux. Ce n'est plus la
froide exécution d'un ordre judiciaire ; c'est un
déchaînement de
démons. Le sang ruisselle des épaules jusqu'à
terre (les larges dalles
en sont couvertes) et s'éparpille en pluie, des fouets
relevés, jusque
sur les rouges chlamydes des spectateurs. Mais bientôt les forces
du
supplicié défaillent ; une sueur froide inonde Son front
; la tête Lui
tourne d'un vertige nauséeux ; des frissons Lui courent le long
de
l'échine, Ses jambes se dérobent sous Lui et, s'Il
n'était lié très
haut par les poignets, Il s'écroulerait dans la mare de sang. -
Son
compte est bon, bien qu’on n'ait pas compté. Après
tout on n'a pas reçu
l'ordre de le tuer sous le fouet. Laissons-Le se remettre ; on peut
encore s'amuser. Ah ce grand nigaud prétend qu'il est roi,
comme
s'il en était sous les aigles romaines, et roi des Juifs encore,
comble
de ridicule ! Il a des ennuis avec ses sujets ; qu'à cela ne
tienne,
nous serons ses fidèles. Vite un manteau, un sceptre. On l'a
assis sur
une base de colonne (pas très solide la Majesté !) Une
vieille chlamyde
de légionnaire sur les épaules nues lui confère la
pourpre royale ; un
gros roseau dans sa main droite et ce serait tout à fait
ça, s'il n'y
manquait une couronne ; quelque chose d'original ! (Dans dix-neuf
siècles, elle Le fera reconnaître, cette couronne,
qu'aucun crucifié
n'a portée). Dans un coin, un fagot de bourrées, de ces
arbrisseaux qui
foisonnent dans les buissons de la banlieue. C'est souple et ça
porte
de longues épines, beaucoup plus longues, plus aiguës et
plus dures que
l'acacia. On en tresse avec précaution, aïe, ça
pique, une espèce de
fond de panier, qu'on Lui applique sur le crâne. On en rabat les
bords
et avec un bandeau de joncs tordus, on enserre la tête entre la
nuque
et le front. Les épines pénètrent dans le
cuir chevelu et cela
saigne. (Nous savons, nous chirurgiens, combien cela saigne, un cuir
chevelu.) Déjà le crâne est tout englué de
caillots ; de longs
ruisseaux de sang ont coulé sur le front, sous le bandeau de
jonc, ont
inondé les longs cheveux tout emmêlés et ont rempli
la barbe.La
comédie d'adoration a commencé. Chacun tour, de
rôle vient
fléchir le genou devant Lui, avec une affreuse grimace, suivie
d'un
grand soufflet : « Salut, roi des juifs! » Mais Lui ne
répond rien. Sa
pauvre figure ravagée et pâlie n'a pas un mouvement. Ce
n'est vraiment
pas drôle! Exaspérés, les fidèles sujets Lui
crachent au visage. « Tu
ne sais pas tenir ton sceptre, donne. » Et pan, un grand coup sur
le
chapeau d'épines, qui s'enfonce un peu plus ; et horions de
pleuvoir.
Je ne me rappelle plus ; serait-ce un de ces légionnaires, ou
bien
l'a-t-il reçu des gens du sanhédrin ? Mais je vois
à présent qu'un
grand coup de bâton donné obliquement a laissé sur
la joue une horrible
plaie contuse, et que Son grand nez sémitique, si noble, est
déformé
par une fracture de l'arête cartilagineuse. Le sang coule de ses
narines dans Ses moustaches. Assez, mon Dieu ! Mais voici que
revient Pilate, un peu inquiet du prisonnier : qu'en auront fait ces
brutes ? Aïe, ils l'ont bien arrangé. Si les Juifs ne sont
pas contents
! Il va Le leur montrer au balcon du prétoire, dans Sa tenue
royale,
tout étonné lui-même de ressentir quelque
pitié, pour cette loque
humaine. Mais il a compté sans la haine : « Tolle,
crucifige ! » Ah les
démons ! Et l'argument terrible pour lui : « Il s'est fait
roi ; si tu
l'absous, tu n'es pas l'ami de César. » Alors, le
lâche s'abandonne et
se lave les mains. Mais, comme l'écrira saint Augustin, ce n'est
pas
toi, Pilate, qui L'as tué, mais bien les Juifs, avec leurs
langues
acérées ; et en comparaison d'eux, tu es toi-même
beaucoup plus
innocent. On lui arrache la chlamyde, qui a déjà
collé à toutes Ses
blessures. Le sang recoule ; Il a un grand frisson. On lui remet Ses
vêtements qui se teintent de rouge. La croix est prête, on
la Lui
charge sur les épaules. Par quel miracle d'énergie
peut-Il rester
debout sous ce fardeau? Ce n'est en réalité, pas toute la
croix, mais
seulement la grosse poutre horizontale, le patibulum, qu'Il
doit porter jusqu'au Golgotha, mais cela pèse encore près
de 50 kilos.
Le pieu vertical, le stipe, est déjà
planté au
Calvaire.Et la marche commence, pieds nus dans des rues au sol raboteux
semé de cailloux. Les soldats tirent sur les cordes qui Le
lient,
soucieux de savoir s'Il ira jusqu'au bout. Deux larrons Le suivent en
même équipage. La route heureusement n'est pas très
longue, environ 600
mètres et la colline du Calvaire est presqu'en dehors de la
porte
d'Ephraïm. Mais le trajet est très accidenté,
même à l'intérieur des
remparts. Jésus, péniblement, met un pied devant l'autre,
et souvent Il
s'effondre. Il tombe sur les genoux qui ne sont bientôt qu'une
plaie.
Les soldats d'escorte Le relèvent, sans trop Le brutaliser . ils
sentent qu'Il pourrait très bien mourir en route. Et
toujours cette poutre, en équilibre sur l'épaule, qui la
meurtrit de
ses aspérités et qui semble vouloir y
pénétrer de force. Je sais ce que
c'est : j'ai coltiné jadis, au 5e Génie, des traverses de
chemin de
fer, bien rabotées, et je connais cette sensation de
pénétration dans
une épaule ferme et saine. Mais Lui, Son épaule est
couverte de plaies,
qui se rouvrent et s'élargissent et se creusent à chaque
pas. Il est
épuisé. Sur Sa tunique sans couture une tache
énorme de sang va
toujours en s'élargissant et s'étend jusque sur le dos.
Il tombe encore
et cette fois de tout son long ; la poutre Lui échappe ; va-t-Il
pouvoir Se relever ? Heureusement vient à passer un homme,
retour des
champs, ce Simon de Cyrène, qui tout comme ses fils Alexandre et
Rufus,
sera bientôt un bon chrétien. Les soldats le
réquisitionnent pour
porter cette poutre ; il ne demande pas mieux le brave homme ; oh,
comme je le ferais bien ! Il n'y a plus finalement que la pente du
Golgotha à gravir et, péniblement, on arrive au sommet.
Jésus
s'affaisse sur le sol et la crucifixion commence.Oh, ce n'est pas
très
compliqué les bourreaux savent leur métier. Il faut
d'abord Le mettre à
nu. Les vêtements de dessus c'est encore facile. Mais la tunique,
intimement, est collée à Ses plaies, pour ainsi dire
à tout son corps
et ce dépouillement est simplement atroce. Avez-vous jamais
enlevé un
premier pansement mis sur une large plaie contuse et
desséché sur elle
? Ou avez-vous subi vous-même cette épreuve qui
nécessite parfois
l'anesthésie générale ? Si oui, vous pouvez savoir
un peu de quoi il
s'agit. Chaque fil de laine est collé à la surface
dénudée, et, quand
on le soulève, il arrache une des innombrables terminaisons
nerveuses
mises à nu dans la plaie. Ces milliers de chocs douloureux
s'additionnent et se multiplient, chacun augmentant pour la suite la
sensibilité du système nerveux. Or, il ne s'agit pas ici
d'une lésion
locale, mais de presque toute la surface du corps, et surtout de ce dos
lamentable. Les bourreaux pressés y vont rudement.
Peut-être cela
vaut-il mieux, mais comment cette douleur aiguë, atroce,
n'entraîne-t-elle pas la syncope ? Comme il est évident
que, d'un bout
à l'autre, Il domine, Il dirige Sa Passion. Le sang
ruisselle à
nouveau. On L'étend sur le dos. Lui a-t-on laissé
l'étroite ceinture
que la pudeur des juifs conserve aux suppliciés ? J’avoue
que je ne
sais plus : cela a si peu d'importance ; dans tous les cas, en
Son Linceul, Il sera nu. Les plaies de son dos, des cuisses et
des mollets s'incrustent de poussière et de menus graviers. On
l'a mis
au pied du stipe, les épaules couchées sur le
patibulum. Les
bourreaux prennent les mesures. Un coup de tarière, pour
amorcer
les trous des clous, et l'horrible chose commence. Un aide allonge
l’un des bras, la paume en haut. Le bourreau prend son clou (un
long
clou pointu et carré, qui, près de sa grosse tête,
est large de huit
millimètres), il le pique sur le poignet, dans ce pli
antérieur, qu'il
connaît d'expérience. Un seul coup de son gros marteau :
le clou est
déjà fiché dans le bois, où quelques
pan-pan énergiques le fixent
solidement. Jésus n'a pas crié, mais Son visage
horriblement s'est
contracté. Mais, surtout, j'ai vu au même instant Son
pouce, d'un
mouvement violent, impérieux, se mettre en opposition dans la
paume :
Son nerf médian a été touché. Mais, alors,
je ressens ce qu'Il a
éprouvé : une douleur indicible, fulgurante, qui s'est
éparpillée dans
Ses doigts, a jailli, comme un trait de feu, jusqu'à Son
épaule et
éclaté dans Son cerveau. C'est la douleur la plus
insupportable qu'un
homme puisse éprouver, celle que donne la blessure des gros
troncs
nerveux. Presque toujours elle entraîne la syncope et c'est
heureux.
Jésus n'a pas voulu perdre Sa connaissance. Encore, si le nerf
était
entièrement coupé. Mais non, j'en ai l'expérience,
il n'est que
partiellement détruit ; la plaie du tronc nerveux reste en
contact avec
ce clou, et sur lui, tout à l'heure, quand le corps sera
suspendu, il
sera fortement tendu comme une corde à violon sur son chevalet.
Et il
vibrera à chaque secousse, à chaque mouvement,
réveillant la douleur
horrible. Il en a pour trois heures. L'autre bras est tiré
par
l'aide ; les mêmes gestes se répètent, et les
mêmes douleurs. Mais
cette fois, songez-y bien, Il sait ce qui l'attend. Il est maintenant
fixé sur le patibulum, qu'Il suit étroitement des deux
épaules et des
deux bras. Il a déjà forme de croix comme Il est grand
! Allons,
debout ! Le bourreau et son aide empoignent les bouts de la poutre et
redressent le condamné, assis d'abord et puis debout et puis, Le
reculant, L'adossent au poteau. Mais c'est, hélas, en tiraillant
sur
Ses deux mains clouées (Oh, Ses médians!) D'un grand
effort, à bout de
bras, mais le stipe n'est pas très haut, rapidement, car c'est
bien
lourd, ils accrochent d'un geste adroit le patibulum en haut du stipes.
A son sommet, deux clous fixent le titulus trilingue. Le corps
tirant sur les bras, qui s'allongent obliques, s'est un peu
affaissé.
Les épaules blessées par les fouets et par le portement
de croix ont
raclé douloureusement le rude bois. La nuque, qui dominait le
patibulum, l'a heurté en passant, pour s'arrêter en haut
du pieu. Les
pointes acérées du grand chapeau d'épines ont
déchiré le crâne encore
plus profond. Sa pauvre tête penche en avant, car
l'épaisseur de Sa
couronne l'empêche de reposer sur le bois; et chaque fois qu'Il
la
redresse, Il en réveille les piqûres. Le corps,
pendant, n'est
soutenu que par les clous plantés dans les deux carpes (oh, les
médians!). Il pourrait tenir sans rien d'autre. Le corps ne se
déplace
pas en avant. Mais la règle est de fixer les pieds. Pour ce, pas
besoin
de console ; on fléchit les genoux, et l'on étend les
pieds à plat sur
le bois du stipe. Pourquoi, puisque c'est inutile, donner à
faire au
charpentier ? Ce n'est certes pas pour soulager la peine du
crucifié.
Le pied gauche à plat sur la croix. D'un seul coup (le marteau,
le clou
s'enfonce en son milieu (entre les deuxième et troisième
métatarsiens).
L'aide fléchit aussi l'autre genou et le bourreau ramenant le
pied
gauche devant le droit que l'aide tient à plat, d'un second
coup, au
même endroit, il perfore ce pied. Tout cela est facile, et puis
à
grands ahans, le clou est poussé dans le bois. Ici, merci mon
Dieu,
rien qu'une douleur bien banale, mais le supplice à peine a
commencé. A
deux hommes, tout le travail n'a guère duré plus de deux
minutes et les
plaies ont fort peu saigné. On s'affaire alors auprès des
deux larrons
; pour ceux-là des cordes suffisent, et les trois gibets sont
garnis
face à la ville déicide. N'écoutons pas tous ces
Juifs triomphants, qui
insultent à Sa douleur. Il leur a déjà
pardonné, car ils ne savent ce
qu'ils font. Jésus, d'abord, s'est affaissé. Après
tant de tortures,
pour un corps épuisé, cette immobilité semble
presque un repos,
coïncidant avec une baisse de Son tonus vital. Mais Il a soif. Oh,
il
ne l'a pas encore dit ; avant de se coucher sur la poutre, Il a
refusé
la potion analgésique, vin mêlé de myrrhe et de
fiel, que préparent les
charitables femmes de Jérusalem. Sa souffrance Il la veut
entière ; Il
sait qu'Il la dominera. Il a soif. Oui, « Adhaesit lingua mea
faucibus meis ». Il n'a rien bu ni rien mangé depuis
hier au soir.
Il est midi. Sa sueur de Gethsémani, toutes Ses fatigues, la
grosse
hémorragie du prétoire et les autres et même ce peu
qui coule de ses
plaies, tout cela Lui a soustrait une bonne partie de Sa masse
sanguine. Il a soif. Ses traits sont tirés, Sa figure hâve
est
sillonnée de sang qui se coagule partout. Sa bouche est
entr'ouverte et
Sa lèvre inférieure déjà commence à
pendre ? Un peu de salive coule
dans Sa barbe, mêlée au sang issu de Son nez
écrasé. Sa gorge est sèche
et embrasée, mais Il ne peut plus déglutir. Il a soif.
Dans cette face
tuméfiée, toute sanglante et déformée,
comment pourrait-on reconnaître
le plus beau des enfants des hommes ? « Vermis sum et non
homo ».
Elle serait affreuse, si l'on n'y voyait pas malgré tout
resplendir la
majesté sereine du Dieu qui veut sauver Ses frères. Il a
soif. Et tout
à l'heure Il le dira, pour accomplir les Ecritures. Et un grand
benêt
de soldat, voilant sa compassion sous une raillerie, imbibant une
éponge de sa posca acidulée, acetum, disent les
Evangiles, la
Lui tendra au bout d'un roseau. En boira-t-il seulement une goutte ? On
a dit que le fait de boire détermine chez ces pauvres
suppliciés une
syncope mortelle. Comment, après avoir reçu
l'éponge, pourra-t-il donc
parler encore deux ou trois fois ? Non, non, Il mourra à Son
heure. Il
a soif. Et cela vient de commencer. Mais, au bout d'un moment, un
phénomène étrange se produit. Les muscles de Ses
bras se raidissent
d'eux-mêmes, en une contracture, qui va s'accentuant ; Ses
deltoïdes,
Ses biceps sont tendus et saillants, Ses doigts s'incurvent en
crochets. Des Crampes ! Vous avez tous, peu ou prou, senti cette
douleur progressive et aiguë, dans un mollet, entre deux
côtes, un peu
partout. Il faut, toute affaire cessante, détendre en
l'allongeant ce
muscle contracté. Mais regardons ! Voici maintenant aux cuisses
et aux
jambes les mêmes saillies monstrueuses, rigides, et les orteils
qui se
recourbent. On dirait un blessé atteint de tétanos, en
proie à ces
horribles crises, que l'on ne peut pas oublier. C'est ce que nous
appelons la tétanie, quand les crampes se
généralisent ; et voici que
c'est fait. Les muscles du ventre se raidissent en vagues figées
; puis
les intercostaux, puis les muscles du cou et les muscles respiratoires.
Son souffle peu à peu est devenu plus court, superficiel. Ses
côtes,
déjà soulevées par la traction des bras, se sont
encore surélevées ;
l'épigastre se creuse et aussi les salières au-dessus des
clavicules.
L'air entre en sifflant mais ne sort presque plus. Il respire tout en
haut, inspire un peu, ne peut plus expirer. Il a soif d'air. (C'est
comme un emphysémateux en pleine crise d'asthme.) Sa figure
pâle a peu
à peu rougi ; elle a passé au violet pourpre et puis au
bleu. Il
asphyxie. Ses poumons gorgés d'air ne peuvent plus se vider. Son
front
est couvert de sueur, Ses yeux exorbités chavirent. Quelle
atroce
douleur doit marteler son crâne ! Il va mourir. Eh bien, tant
mieux.
N'a-t-Il donc pas assez souffert ? Mais non, son heure n'est pas
venue. Ni la soif ni l'hémorragie, ni l'asphyxie, ni la douleur
n'auront raison du Dieu Sauveur et s'Il meurt avec ces symptômes,
Il ne
mourra vraiment que parce qu'Il le veut bien, « habens in
potestate
ponere animam suam et recipere eam ». Et c'est ainsi qu'Il
ressuscitera. Alléluia ! Que se passe-t-il donc ?
Lentement, d'un
effort surhumain, Il a pris point d'appui sur le clou de Ses pieds,
oui, sur Ses plaies. Les cous-de-pied et les genoux s'étendent
peu à
peu et le corps, par à-coups remonte, soulageant la traction des
bras
(cette traction qui était de plus de 90 kilos sur chaque main.)
Alors,
voici que de lui-même, le phénomène diminue, la
tétanie régresse, les
muscles se détendent, tout au moins ceux de la poitrine. La
respiration
devient plus ample et redescend, les poumons se dégorgent et
bientôt la
figure a repris sa pâleur d'avant. Pourquoi tout cet effort
?
C'est qu'Il veut nous parler « Pater dimitte illis ».
Oh oui,
qu'Il nous pardonne, à nous qui sommes ses bourreaux. Mais au
bout d'un
instant, Son corps commence à redescendre... et la
tétanie va
reprendre. Et chaque fois qu'Il parlera (nous avons retenu au moins
sept de ses phrases) et chaque fois qu'Il voudra respirer, il Lui
faudra se redresser, pour retrouver Son souffle, en se tenant debout
sur le clou de Ses pieds. Et chaque mouvement retentit dans Ses mains,
en douleurs indicibles (oh, Ses médians!) C'est l'asphyxie
périodique
du malheureux qu'on étrangle et qu'on laisse reprendre vie, pour
l'étouffer en plusieurs fois. A cette asphyxie Il ne peut
échapper,
pour un moment, qu'au prix de souffrances atroces et par un acte
volontaire. Et cela va durer trois heures. Mais mourez donc, mon Dieu !
Je suis là au pied de la croix, avec Sa Mère et Jean et
les femmes qui
Le servaient. Le centurion, un peu à part, observe avec une
attention
déjà respectueuse. Entre deux asphyxies, Il se dresse et
Il parle : «
Fils, voici votre Mère ». Oh oui, chère Maman, qui
depuis ce jour-là
nous avez adoptés ! Un peu plus tard ce pauvre bougre de
larron
s'est fait ouvrir le paradis. Mais, quand donc mourrez-vous, Seigneur
! Je sais bien, Pâques vous attend et votre corps ne
pourrira pas,
comme les nôtres. Il est écrit: « Non dabis
sanctum luum videre
corruptionem ». Mais, mon pauvre Jésus (excusez le
chirurgien),
toutes vos plaies sont infectées ; elles le seraient d'ailleurs
à
moins. Je vois distinctement sur elles suinter une lymphe blonde, et
transparente, qui se collecte au point déclive en une croutelle
cireuse. Sur les plus anciennes déjà des fausses
membranes se forment,
qui sécrètent un seropus. Il est écrit aussi : «
Putruerunt et
corruptae sunt cicatrices meae ». Un essaim de mouches
affreuses, de grosses mouches vert et bleu, comme on en voit aux
abattoirs et aux charniers, tourbillonne autour de Son corps ; et
brusquement elles s'abattent sur l'une ou l'autre plaie, pour en pomper
le suc et y pondre leurs œufs. Elles s'acharnent au visage ;
impossible
de les chasser. Par bonheur, depuis un moment le ciel s'est obscurci,
le soleil s'est caché ; il fait soudain très froid. Et
ces filles de
Béelzéboul ont peu à peu quitté la
place. Bientôt trois heures.
Enfin! Jésus lutte toujours. De temps en temps, Il se redresse.
Toutes
Ses douleurs, Sa soif, Ses crampes, l'asphyxie et les vibrations de Ses
deux nerfs médians ne Lui ont pas arraché une plainte.
Mais, si Ses
amis sont bien là, Son Père, et c'est l'ultime
épreuve, Son Père semble
l'avoir abandonné. « Eli, Eli,lammasabachtani ? »
Il sait
maintenant qu'Il s'en va. Il crie « Consumatum est ».
La coupe
est vide, la tâche est faite. Puis, de nouveau se redressant et
comme
pour nous faire entendre qu'Il meurt de par Sa volonté «
iterum
clamans voce magna » : Mon Père, dit-Il, je remets
mon âme entre
Vos mains (habens in potestate ponere animam suam). Il est mort
quand Il l'a voulu. Et qu'on ne me parle plus de théories
physiologiques! « Laudato si Missignore per sora
nostra morte corporale ! » Oh oui, Seigneur, soyez
loué, pour avoir
bien voulu mourir. Car nous n'en pouvions plus. Maintenant tout est
bien. Dans un dernier soupir, Votre Tête vers moi, lentement,
s'est
penchée, droit devant Vous, Votre menton sur le sternum. Je vois
à
présent bien en face Votre visage détendu,
rasséréné, que malgré tant
d'affreux stigmates illumine la majesté très douce de
Dieu qui est
toujours là. Je me suis affalé à genoux devant
Vous, baisant Vos pieds
troués, où le sang coule encore, en se coagulant vers les
pointes. La
rigidité cadavérique Vous a saisi brutalement, comme le
cerf forcé à la
course. Vos jambes sont dures comme l'acier... et brûlantes.
Quelle
température inouïe Vous a donné cette
tétanie? La terre a
tremblé; que m'importe ? et le soleil s'est
éclipsé. Joseph est allé
réclamer Votre corps à Pilate, qui ne le refusera pas. Il
hait ces
Juifs, qui l'ont forcé à Vous tuer ; cet écriteau
sur Votre Tête
proclame bien haut sa rancune « Jésus, roi des Juifs
», et crucifié
comme un esclave ! Le centurion est allé faire son rapport,
après Vous
avoir, le brave homme, proclamé le vrai Fils de Dieu. Nous
allons Vous
descendre et ce sera facile, une fois les pieds décloués.
Joseph et
Nicodème décrocheront la poutre du stipe. Jean Votre bien
aimé Vous
portera les pieds ; à deux autres, avec un drap tordu en corde
nous
soutiendrons Vos reins. Le linceul est prêt, sur la pierre ici
tout
près, face au sépulcre ; et là, tout à
loisir, on déclouera Vos mains.
Mais qui vient là ? Ah oui, les Juifs ont dû
demander à Pilate
qu'on débarrasse la colline de ces gibets qui offensent la vue
et
souilleraient la fête de demain. Race de vipères qui
filtrez le
moucheron et déglutissez le chameau ! Des soldats brisent
à grands
coups de barre de fer les cuisses des larrons. Ils pendent maintenant
lamentablement et, comme ils ne peuvent plus se soulever sur les cordes
des jambes, la tétanie et l'asphyxie les auront bientôt
achevés. Mais rien à faire ici pour vous! «
Os non comminuetis
ex eo ». Laissez-nous donc en paix ; ne voyez-vous pas qu'Il
est
mort ? - Sans doute, disent-ils. Mais quelle idée a pris l'un
d'eux ?
D'un geste tragique et précis, il a levé la hampe de sa
lance et, d'un
seul coup oblique au côté droit, il l'enfonce
profondément. Oh pourquoi
? « Et aussitôt, de la plaie est sorti du sang et de
l'eau ».
Jean l'a bien vu et moi aussi, et nous ne saurions mentir : un large
flot de sang liquide et noir, qui a jailli sur le soldat et peu
à peu
coule en bavant sur la poitrine, en se coagulant par couches
successives. Mais, en même temps, surtout visible sur les bords,
a
coulé un liquide clair et limpide comme de l'eau. Voyons, la
plaie est
au-dessous et en dehors du mamelon, le coup oblique. C'est donc le sang
de l'oreillette et l'eau sort de Son péricarde. Mais alors, mon
pauvre
Jésus, Votre cœur était tout, cette douleur
angoissante et cruelle du
cœur serré dans un étau. N'était-ce
pas assez de ce que nous
voyions ? Est-ce pour que nous le sachions que cet homme a commis son
agression bizarre ? Peut-être aussi les Juifs auraient-ils
prétendu que
Vous n'étiez pas mort mais évanoui ; Votre
résurrection demandait donc
ce témoignage. Merci, soldat, merci, Longin ; tu mourras un jour
en
martyr chrétien. Et ; maintenant, lecteur, remercions
Dieu, qui
m'a donne la force d'écrire cela jusqu'au bout ; non pas sans
larmes !
Toutes ces douleurs effroyables, que nous avons vécues en Lui,
Il les a
toute sa vie prévues, préméditées, voulues,
dans Son Amour pour
racheter toutes nos fautes. « Oblatus est quia ipse voluit
».
Il a dirigé toute Sa Passion, sans éviter une torture ;
en acceptant
les conséquences physiologiques, mais sans être
dominé par elles Il est
mort quand et comme et parce qu'Il l'a voulu. Jésus est en
agonie
jusqu'à la fin des temps. Il est juste, il est bon de souffrir
avec Lui
et de Le remercier, quand Il nous envoie la douleur, de nous associer
à
la Sienne. Il nous faut achever, comme l'écrit Saint Paul, ce
qui
manque à la Passion du Christ, et, avec Marie, Sa Mère et
notre Mère,
accepter joyeusement, fraternellement notre Compassion.
O Jésus, qui n'avez pas eu pitié de Vous-même, qui
êtes Dieu, ayez
pitié de moi qui suis un pécheur.
Laus
Christo. Circoncision 1940.
Docteur Pierre BARBET, Chirurgien de l'Hôpital Saint-Joseph de
Paris.
1
Voir : Les cinq plaies du Christ, Etude anatomique et
expérimentale,
par le Docteur Pierre Barbet.
Procure du Carmel de l'Action de grâce, 85, rue des
Saints-Pères. PARIS
(VII.).
2
Docteur Le Bec « Le supplice de la croix ». Etude
physiologique de la
Passion, déjà ancienne, où mon ancien
collègue de Saint-Joseph a fait
preuve d'une prescience étonnante. Mes expériences ont
confirmé et
précisé la plupart de ses vues. A ce que J'ai
apporté de nouveau, il à
donné une adhésion enthousiaste, qui m'est
précieuse.
La Passion
et le Sang du Fils ont éteint la grande colère de
DIEU sur
l'humanité d'il y a deux mille ans, mais, malgré ce
Sacrifice Divin,
les hommes, depuis, continuent leurs offenses et depuis le
XXème
siècle de plus en plus ouvertement et avec des moyens de plus en
plus
puissants, rapides et planétaires. Actuellement, avec les
progrès
techniques accroissant abominablement la
dégénérescence spirituelle et
la puissance de la rébellion des hommes à l'encontre de
leur Créateur, la
colère du TOUT-PUISSANT est de nouveau à son comble.
Et le Christ
ne reviendra pas cette fois pour assumer un nouveau Sacrifice pour
nous. S'il y a nouveau sacrifice pour Lui, c'est, par obéissance
au
Père, venir juger le monde maintenant et séparer les
brebis des boucs,
l'ivraie du bon grain, pour le bonheur ou le malheur, la
récompense ou
la punition des âmes (seule l'âme est importante).
Oui, nous
allons payer nos fautes et boire la coupe jusqu'à la lie.
Mais les âmes des amoureux de DIEU, ceux qui l'aiment
sincèrement dans
la Plénitude de Sa Trinité sans offenser Son Corps et Son
Sang, seront
sauvées.....
Sur internet on trouve
de nombreux sites pour télécharger gratuitement et
entièrement toutes
les visions de la Bienheureuse Religieuse Anne Catherine Emmerich, mais
si vous préférez lire tranquillement en méditant
et confortablement
installé, alors prenez un bon livre. Vous pouvez vous le
procurer, par
exemple, auprès des Editions Pierre TÉQUI
à
75006 Paris, 82 rue Bonaparte.
Mon DIEU,
pardon...
pardon...
Dans
Tes angoisses et
Ta sueur de Sang, j'étais là..... Dans Ton arrestation
violente, les
coups, les liens, les crachats, les insultes, j'étais
là.... Dans les
accusations mensongères, le faux jugement, les fouets
acérés de
l'horrible flagellation, j'étais là.... Dans le bois de
la Croix si
lourd à porter, les chutes, les hurlements méchants de la
foule,
j'étais là.... Dans Ta Crucifixion, la chute de la Croix
dans son trou
au sol, le vinaigre, les quolibets ignobles, les souffrances de Ta
Très
Sainte Mère et Ton dernier râle, j'étais là
! J'étais là ! ....Oui,
j'étais là, avec tous mes péchés, mes
faiblesses, mes doutes, mes
hésitations, mes chutes et mes trahisons... O mon DIEU
chéri,
pardon, pardon ! .....et chaque jour de ma vie je Te dis
merci !
Tout catholique doit donc porter le
Crucifix, d'autant plus le Clergé.
Le
Crucifix, petit ou grand, ne devrait pas quitter un seul jour tout
Catholique digne de ce nom.....
Pourtant beaucoup de nos
Prêtres et Prélats, horreur et damnation, ne le portent
plus....!
Une croix, minuscule et à moitié cachée
peut-être, ou très souvent non
latine, (la croix non
latine, sur laquelle DIEU Crucifié ne peut même pas
être représenté
pour Sa Gloire et pour une continuelle compassion pour
Ses souffrances est une absence de Croix, une fausse croix
chrétienne et un mépris de la Passion dans
l'amour du
Monde.....), mais le Crucifix, la Croix avec le Divin
Crucifié, horreur, répugnance, surtout pas ! Un vieux
Prêtre à qui
l'on demandait pourquoi il ne portait jamais la moindre Croix (pas
question du Crucifix bien sûr !), a répondu
sèchement : "Mon patron l'a portée
une heure, çà suffit !".
Quelle tristesse effroyable devant ce blasphème, quel
égarement, quel
manque total d'amour et de charité pour Notre SEIGNEUR et quelle
colère du Père !
Ce n'est pas la Croix seule qui nous sauve et nous
rachète
(si nous le désirons et agissons en conséquence bien
évidemment), mais
c'est bien le Crucifié ! Elle L'élève pour qu'Il
glorifie le Père et
enfante dans le Sang l'Église naissante et pour que nous
puissions
mieux Le regarder et compatir douloureusement....
Le SEIGNEUR commence même de nous racheter depuis avant la Croix,
déjà
depuis la terrible Sueur de Sang et même depuis Sa naissance
surnaturelle dans la chair pour la Passion dans la Crèche.
La Croix seule sans DIEU le Fils crucifié sur elle, sans
l'Agneau
Divin, ne représente pas plus que le terrible flagellum, la
Couronne
d'épines, les clous, les crachats, les violences continuelles,
le faux
jugement ou les outrages, etc... et particulièrement de nos
jours quand
elle est minuscule ou non latine, disons-le carrément, quasiment
honteuse d'exister.... Elle a été utilisée pour de
très nombreux
condamnés qui n'étaient pas DIEU le Verbe, DIEU la Vie,
DIEU la Vérité
et DIEU le Chemin !
La Croix ne peut donc être représentée que portant
DIEU Sauveur...
Toutes les pages concernant la Passion
Sueur
de Sang - Flagellation
- Crucifixion
- Mort
de JÉSUS - Descente
de la Croix
Descente
aux enfers et Résurrection de JÉSUS - La
terrible Passion corporelle de JÉSUS
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